1er jour de mission et ça démarre fort. Je dois animer un atelier pour établir les spécifications d’un logiciel de gestion pour un groupe européen opérant dans une industrie dont j’ignore tout. Anglais, Belge, Espagnol, Polonais, Allemand, les représentants de chaque filiale sont déjà là. Tous des experts, chacun avec sa liste d’exigences.
Et là, ça s’enlise. A peine 30 minutes depuis le début de la réunion et rien ne colle. Ils ne tomberont jamais d’accord. Quant à moi, je suis perdu !
Alors j’attrape un marqueur et je me mets devant le tableau.
— Je vous propose une autre approche. Comme vous savez, je ne suis arrivé qu’il y a une demi-heure et j’ai besoin de mieux comprendre où vous voulez en venir. Est-ce que vous pourriez m’expliquer votre business ? Je commence : un client appelle.
Nous avons tout repris, décrit la chaîne de valeur comme si nous devions remonter la boîte fonction par fonction. Ça nous a pris deux ans mais le logiciel que nous devions spécifier est devenu l’argument clé du CEO du groupe devant ses investisseurs.
Mais moi, ce qui m’a le plus touché, c’est la synthèse qu’en a fait l’expert allemand au board :
—Nous sommes arrivés en étant persuadés que 80% de nos activités spécifiques. Nous sommes repartis en étant convaincus qu’elles étaient communes à 90%.
Je suis aussi reparti en pensant que la construction européenne n’était décidément pas un sujet simple et que j’allais passer la soirée à chiffrer comment changer toute l’entreprise au lieu de faire un logiciel.
J’allais devoir en discuter avec la patronne. Et nous apprendrions à nous faire suffisamment confiance pour avancer ensemble même sans se parler.