Article L4123-9-1

On se moque souvent des experts ès expertologie qu’on trouve sur les réseaux sociaux.

La plupart du temps, c’est mérité.

Mais pas ce jour-là.

Ce matin-là, je suis dans le bureau de la juriste d’entreprise rattachée à l’IT.

Et elle n’est pas contente.

Pas contente du tout.

Elle pose son stylo comme on pose une sommation.

— Amaury, soyons clairs : le RGPD est un sujet juridique. Ton rôle, c’est d’exécuter. Pas de commenter les risques.

Je me demande un instant si elle réalise que, dans sa bouche, “commenter un risque” sonne comme “exercer illégalement le métier d’avocat”.

Peut-être que oui.

Peut-être que non.

Peut-être que ça l’arrange.

Mais moi je vois quand même un risque.

Je garde le silence.

Elle l’interprète comme une reddition.

— Donc, nous faisons comme j’ai dit. Point.

Une pensée traverse mon esprit, fugace.

Pas une réflexion. Un flash.

Un débat Twitter, lu en diagonale dans le métro.

Un avocat, un agent de la CNIL, et un extrait du Code de la Défense que je n’avais encore jamais vu.

Je fouille dans mon sac, je sors mon laptop.

Je cherche le texte.

Article L4123-9-1 — Code de la Défense.

Je lis à voix haute, posément, juste un passage :

« … un an d’emprisonnement et 100 000 € d’amende… »

Elle me coupe net.

— Ça ne nous concerne pas. Nous ne traitons pas de données de militaires.

Je ne réponds pas.

Je sors un document imprimé de mon dossier.

Un simple bordereau de livraison issu du SI.

Je le glisse vers elle.

Elle lit.

“Maréchal des Logis XXX — Caserne de gendarmerie de XXX.”

Silence.

Je la regarde. Non pas avec l’arrogance de celui qui gagne, mais avec la neutralité de celui qui constate.

— Je te propose simplement de réévaluer les risques avant que j’autorise les équipes à poursuivre les développements. Après tout, c’est toi l’experte. Je ne voudrais pas faire courir de risque à l’entreprise.

Elle blêmit légèrement. Récupère le bordereau.

Je me resserre un café tiède.

Battre un juriste sur son terrain, je pourrais m’en vanter. La vérité, c’est que j’adore les juristes : ils m’ont tiré d’affaire plus de fois que je n’ose l’avouer.

Mais là, je ne sais pas bien lequel du juriste d’entreprise ou de celui sur Twitter m’a le plus aidé.

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