Parfois, un truc qui devrait passer comme une lettre à la Poste devient un évènement marquant et atterrit sur ce blog. Ce jour-là, nous devons présenter en COPIL une avancée spécifique du programme. Cette initiative a été portée de main de maître par une jeune collaboratrice interne et je tiens à la mettre en avant. J’ai donc insisté pour que ce soit elle qui fasse la présentation.
C’est beaucoup demander, j’en ai conscience. Elle est particulièrement timide et la perspective de prendre la parole devant une table de directeurs l’angoissait. A son âge, je n’en menais pas plus large. Je l’assure donc de toute ma confiance et de tout mon soutien et vais voir chaque directeur en coulisse pour lui demander d’être indulgent. Au moment de la réunion, j’ai pu échanger avec six des huit qui devaient être présents.
En soi, la réunion s’est bien passée. La présentation, sans être excellente, est sérieuse et maîtrisée. J’applaudis intérieurement la collaboratrice d’être sortie la tête haute de cette arène. Encore quelques années et celle-ci deviendra son terrain de jeu naturel.
Et c’est là que ça a commencé à déraper.
— Non mais franchement. De qui se moque-t-on ? Maintenant les consultants sont assis à écouter pendant que les interne font le travail ?
J’encaisse la pique. J’ai l’habitude. La collaboratrice, elle, se fige alors qu’elle n’est pas visée.
Je tourne la tête. Celui qui venait de parler était l’un des directeurs que je n’avais pas eu le temps d’informer avant la réunion. Soupir intérieur. Cela tient vraiment à peu de choses.
— En l’occurrence, oui, ce sont les internes qui ont fait le travail. Et ils l’ont particulièrement bien fait. Mais vous auriez peut-être préféré que présente à la place de Claire et que je m’attribue tout son mérite ?
Mince… Trop fort. Trop sec. Je vois le directeur préparer la riposte. J’enchaîne.
— La vérité c’est que nous formons une équipe. Nous ne faisons aucune distinction entre les internes et les externes dans notre travail. Et la règle implicite de l’équipe est « Celui qui connaît le mieux le sujet en parle. » Voyez-vous quelque chose à redire à ce qui nous a été présenté ?
Silence. Mais ça ne va pas durer. Je me dépêche de clore.
— Alors je serai ravi de discuter avec vous de la répartition du travail entre internes et externes, mais, pour le moment, ne ralentissons pas cette réunion. L’ordre du jour est déjà bien assez dense.
Je me tourne vers Claire qui se tient toujours à côté de l’écran sans savoir quoi faire, lui souris, et d’un remerciement l’invite à quitter la pièce.
La réunion reprend sans incident.
A l’issue, je file voir la collaboratrice qui n’est pas du tout à l’aise. Elle est persuadée que son travail m’a mis en défaut. Je n’ai pas assez de mots pour décrire l’émotion devant une telle loyauté. C’est idiot : il ne s’est rien passé. Et c’est elle qui est passée à l’essoreuse parce que je l’y ai mise volontairement.
Alors je dis la seule chose que j’arrive à articuler :
— Ta présentation était excellente. Et, même si les managers s’agitent en réunion, ce sont des adultes : tout ce qui leur importe, c’est la valeur que tu leur as exposée. Ça, crois-moi, ils vont s’en souvenir.
Et puis j’éclate de rire :
— Et si on faisait comme il a dit ? La prochaine fois ça te dit de siéger au COPIL pendant que je présente ?