Cellule de crise. Tout le système d’information de l’entreprise est en rade. Il ne nous reste plus que la messagerie qui, elle, est quelque part dans un cloud.
Cela fait trois heures que les ingénieurs cherchent la cause en vain. Je commence à soupçonner que la cause n’a rien d’informatique. J’envoie quelqu’un au datacentre.
La réponse met une heure à arriver :
— Vous allez rire. Il y a des travaux de voirie pas loin et, en creusant une tranchée le long de la chaussée, ils ont sectionné la fibre optique d’un coup de pelleteuse.
Je ne ris pas trop, non… Mais bon, ça ne résout pas le problème. Je commence à discuter dérivation, canaux alternatifs… Mais il faut aussi tenir les utilisateurs au courant.
Je me tourne vers le stagiaire et lui dicte quelques phrases bien calibrées à envoyer à tous les collaborateurs. Il s’exécute.
Nous continuons de chercher des solutions.
La fatigue commence à s’installer. Le PRA prévoit la bascule sur un autre hébergement mais… …depuis le datacenter inaccessible. Je maudis intérieurement celui qui a conçu ce plan. Je maudis encore plus celui qui ne l’a pas relu (moi).
Une notification s’affiche sur mon écran : un mail du stagiaire qui exprime ce qu’il n’ose dire tout haut.
— C’est vraiment la galère ! On ne va jamais y arriver !
Je réponds :
— T’inquiète ! C’est notre métier. On va le faire, et tu vas apprendre. Ou plutôt, nous allons apprendre, car je n’ai jamais vu ça non plus.
Une notification s’affiche sur mon écran. Et puis une autre. Et puis encore une autre. Je me fige.
Je réalise que le stagiaire ne m’a pas écrit depuis la boîte de l’équipe mais en rebondissant sur la communication que je lui ai demandé d’envoyer. Toute la boîte est en copie de notre échange ! Plus de 6000 destinataires ! Je vois déjà la sécurité me demander de quitter le bâtiment et le courrier à envoyer à mon avocat…
Et là je lis les messages :
— Courage, les gars ! Vous allez y arriver !
— Pas de souci ! La machine à café n’a pas besoin du datacenter !
— Je veux lire le rapport de stage quand ce sera fini !
Vous savez ce qui aide à surmonter une crise ? C’est de savoir que vous n’êtes pas seul.
C’est en grande partie pour ça que je fais ce travail.
C’est le genre d’entreprise où le pire renforce au lieu de nous faire exploser.
Quant au stagiaire, j’ai fait annexer près de 4000 mails de soutien à son rapport. Chaque membre du jury a reçu, à mes frais, un carton entier de lecture deux jours avant la soutenance.
S’ils ont tout lu dans les temps, ils savent concrètement l’effet que ça a produit sur nous !